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juin 2, 2014

Le réseau routier français, un actif menacé

Article publié par Sia Partners – toujours d’actualité.

« Etablir des liens sûrs entre les populations pour consolider leurs territoires et développer le commerce a de tous temps été une des premières préoccupations des gouvernants. La qualité des chemins et des routes a accompagné la pacification des territoires puis leur développement économique. Le réseau des voies romaines a autorisé la constitution d’un Empire qui a régné sur l’Europe pendant sept siècles. Mais ce n’est qu’au XVIIIe siècle que les routes ont retrouvé tout leur rôle dans le développement. Napoléon a accompagné son action par la mise en place d’un réseau routier européen. Aujourd’hui si les réseaux de télécommunications à haut débit ou les lignes ferroviaires à grande vitesse font l’objet de toutes les attentions, on considère comme acquis qu’une société moderne est une société qui dispose d’un réseau autoroutier et routier performant.

Mais cette situation est aujourd’hui devenue fragile.

Pour la France, pays vaste et peu dense, le réseau routier, bien avant le rail, a joué un rôle majeur dans la construction de l’unité nationale et dans la modernisation de l’espace rural. Le lancement d’un programme autoroutier d’ampleur dans les années soixante a rapidement permis de relier les grandes métropoles régionales et a contribué au rééquilibrage du territoire entre « Paris et le désert français ». Aujourd’hui le réseau routier national confié à l’Etat comprend 10000 km d’autoroutes (concédées ou non) et 9000 km de routes nationales ; il écoule 30% du trafic. Sa valeur est estimée à 250 milliards €. Mais le réseau national ne représente qu’une fraction infime d’un réseau routier qui totalise 1 028 445 kilomètres de voies départementales (378 000 km) et communales (630 000 km). Ce réseau diffus assure 70% du trafic. Il existe également 600 000 km de chemins ruraux. Notre réseau routier est le plus important d’Europe. Il est l’équivalent de ceux de l’Allemagne et du Royaume-Uni réunis, et supporte un trafic de même niveau. Or le trafic routier représente 87% des déplacements et 84% du volume de fret. Le rail avec 36000 km de réseau assure 11% des déplacements et 8% du fret.

La route française fait partie de ces surcoûts de structure dus à notre faible densité. L’entretien des réseaux routiers départementaux et communaux (200 € par habitant et par an : 110 pour les communes, 90 pour les départements) est une charge récurrente qui contribue aux coûts de structure de notre pays. Sans parler des coûts d’exploitation (comme les dépenses de police de la route) ni des coûts « externes » (bruit, pollution, accidents,… qui d’ailleurs donnent une image plutôt négative sur le plan environnemental). Cette charge est globalement invisible et ne suscite pas de débats. Le schéma national des infrastructures de transport (SNIT) présenté en 2011 n’accorde à la route que 8% des investissements. Or le réseau s’use et sans entretien une route devient inutilisable au bout de 13 ans. Le SNIT reconnaît qu’en 2008 16% des chaussées du réseau non concédé et 12% des ouvrages avaient un mauvais indice de qualité. Les crédits de la loi de finance de 2011 consacrés au réseau national ont connu une baisse de 27% des autorisations d’engagement. Le taux annuel de renouvellement des routes est tombé à 5% en 2010, la valeur acceptable se situant à 8%. Or la valeur patrimoniale totale de ce réseau est estimée à 2000 milliards €.

Entretenir ou reconstruire, maintenir ou abandonner des routes vont devenir des questions centrales dans dix ans. »

http://transport.sia-partners.com/20120626/le-reseau-routier-francais-un-actif-menace/